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Jeudi 16 mars 2006
Ressentir ce frisson indescriptible me parcourir
Entendre mon coeur en mon sein bondir
Nager dans l'excitation houleuse de le trouver
Chercher ses yeux inconnus dans cette lointaine contree
Oubli de ma personne dans cette foule emportee
Narcisse cherchant, perdue, son reflet dans un lac gele
Tintamarre angoissant de mon sang dans mes veines
Rencontre premiere avec le doute et la peine
Ecorchee vive par la crainte d'une esperance vaine...

Instables instants ou la sensiblite affleure
Neant de ma raison devant cette etoile irisee
Etincelle qui engourdit mon sang et appaise mon coeur
Sensation de coton qui protege mes emotions illuminees
Prendre le parti d'avancer vers elle et la soutenir
Echapper a cette implosion de mon sein et me tapir
Ressentir lentement chaque seconde de ce frisson
Ecouter chaque murmure de ce regard profond
Etouffer mes larmes de voir, enfin, ton  sourire.

par Courteline de Tuscarora publié dans : pensées et poèmes communauté : Les poètes en délires
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Vendredi 2 décembre 2005
Impossible ensoleillement de ma vie
Neant profond d'une tentative de survie
Surprenant gouffre sans fin
Trappe vers la mort ou je glisse sans fin
Absorbee par la peur du monde   
Blasee par l'instabilite de ma ronde
Lancinants subressauts de joie
Eteints un peu plus a chaque fois
Sous les coups de la souffrance qui m'abat

Maintien dans un etat lethargique
Oubli momentane de toute sensation
Mensonge du corps a l'esprit de son etat critique
Etouffement de toute expression
Negation et inhibition de toute envie
Teint blafard, cadaverique, ote de vie
Sentiment de perdre son ame en devant rester en vie
par Courteline de Tuscarora publié dans : pensées et poèmes communauté : Les poètes en délires
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Jeudi 1 décembre 2005

Ses caresses de plus en plus intenses et appuyées entrainaient chez moi des frissons parcourant le bas de mon dos et faisant onduler mon bassin. C’était la première fois qu’il me touchait, je veux dire qu’il me touchait vraiment. Mes pensées étaient pour lui et il le savait.

 

Je sentais l’excitation me gagner puis m’envahir toute entière jusqu'à ce qu’une chaude humidité gagne mon ventre, mon bassin, mes jambes. Ma respiration se saccadait et je n’arrivais plus à en étouffer le râle en ce lieu public bondé par ce soir d’avant première. Sa main ne s’attardait que sur une petite zone en dessous de mon genou depuis le début de la pièce de théâtre que nous regardions alors, « Léonce et Léna ».

 

J’avais reçu dans mon courrier, deux jours auparavant, un billet d’entrée pour cette pièce avec un mot non signe : « j’aurai 20 min de retard garde ma place, celle a ta droite ». Je n’avais nul besoin de me questionner pour deviner qui en était l’auteur. Puisque c’est ainsi que nous devions nous rencontrer officiellement je m’étais rendue à cette représentation. Une fois sur place je m’asseyais après avoir pris une légère collation au bar du théâtre. Je jetai un œil furtif à cette place à ma droite, j’ai senti un frisson me traverser. Un frisson chaud et agréable, de ceux que l’on ressent lorsque tous nos sens sont en éveil. Effectivement peu de temps après les trois coups annonçant le début, un homme, dans un manteau long sombre, les cheveux courts et les yeux brillants dans la pénombre de la salle, s’est assis à ma droite. Durant quelques instants je me posais quelques questions _ est-ce vraiment lui ? Dois-je le regarder, l’observer ? _ Mais, très rapidement mes interrogations s’envolèrent car je senti ses doigts se glisser sous la pliure de mon genoux et appuyer comme pour chercher à atteindre une zone sensible. Un frisson glacé coula lentement le long de ma colonne vertébrale, l’étourdissement allait croissant et inconsciemment je tentais de suivre le déroulement de la pièce

 

Je m’accrochais à la pièce comme suspendue au dessus du vide de l’excitation, maintenue par le flot des mots et des vers découlant de la scène. Je cherchais à couper mon esprit de toutes ces sensations corporelles, à tout prix… Au fur et à mesure des cercles qu’il dessinait du bout de son doigt il avait compris que son emprise était installée. Et il n’avait pas tort. Je n’avais même pas cherché à me défendre, ni même relevé la tête de surprise. En réalité il me semble que je sais depuis le premier jour de discussion entre nous qu’il allait prendre le pas sur moi.

 

Peu de temps avant la fin du premier acte mon excitation était totale et je ne comprenais pas tout de suite que ces caresses avaient cessé. A l’entracte, j’allais me lever pour le voir et l’accompagner mais le temps que je reprenne mes esprits de cette sensation intense il n’était déjà plus là. Je compris alors qu’il n’assisterait pas à la suite de la pièce de théâtre mais que son vœux était que je reste ; que je ressente ce léger courant d’air froid passer sous mon genoux encore engourdi comme la trace invisible et pourtant implacable de son passage.

 
 
 
Tout a commence il y a plusieurs mois…
 
 
 

Il est 15h, ma journée s’est terminée exceptionnellement tôt, pensais-je alors que je marchais précipitamment pour ne pas rater le train qui allait me ramener chez moi. J’imagine déjà l’expression de Gaël en m’entendant arriver, lui qui ne m’aperçoit toujours que vers 17h ou 18h.

 

Malgré l’heure peu tardive, les soubresauts réguliers du train me bercent et je lutte alors contre un sommeil soudain si lourd que j’ai failli rater mon arrêt. Le temps de prendre le courrier et  me voila dans l’ascendeur, arborant un grand sourire de satisfaction a l’idée de la surprise que je prépare. Je remarque alors un fond sonore inhabituel et pour le moins étonnant puisque provenant de notre appartement. Gaël n’a pourtant pas pour habitude d’écouter quelque musique que ce soit avec un volume si élevé. Etrange.

 

Ma surprise, a partir de ce moment la n’a fait que grandir.  En m’approchant de la chambre, des gémissements de femmes mêlés a la musique me firent comprendre en un instant ce qui me faisait cogiter depuis un mois ou deux.

 

En effet, ces dernières semaines, mon désir pour Gaël était arrive au stade de l’inexistence. Cela me perturbait et je cherchais inlassablement pourquoi ? Récapitulons. Tout d’abord il y a eu ce câlin avorte ou ayant tout fait pour me rendre aguichante et désirable, il n’avait pas fait le moindre geste de tendresse. Je ne le désirais pas vraiment mais je savais que ses caresses sauraient m’y redonner gout. Ensuite un constat assez dur m’est apparu. Il n’y avait plus de « petite tendresse » entre nous. Plus de petits baisers des que nous nous croisions dans l’appartement, plus de câlins tendres pendant ou a la sortie de la douche, plus de papouilles pour se taquiner, plus de regards coquins et évocateurs des envies qui nous traversaient. Apres cette tentative ratée le sujet de notre intimité est devenu ce sur quoi nous avons cristallisé les quelques tensions qui nous encombraient. Petit à petit, il est devenu normal de ne plus se coucher ensemble, de ne plus dormir ensemble, de ne plus se faire de petites surprises au réveil. Même si à force cette situation est devenue habituelle elle n’en reste pas moins frustrante et pour moi il devient alors évident que son aventure est une explication de son détournement de moi. Mais pourquoi avec une autre ? Je suis ressortie de l’appartement, étrangement sereine. Il a une maitresse. C’est avec elle qu’il obtient ce qu’il ne me demande même plus. Durant plusieurs semaines je me sentais presque soulagée de savoir qu’il n’était plus frustré et absolument pas rancunière qu’il trouve chez d’autre(s) ce qui est devenu inexistant entre nous. Cependant tout ceci n’a duré qu’un temps car malgré mon apparente sérénité une envie de me venger de profiter d’autres hommes me vint à l’esprit. Dans le même temps je n’ai cessé de chercher même inconsciemment s’il y avait d’autres raisons que le sexe qui l’ont poussé à me tromper. Pourquoi notre sexualité s’est délitée ? D’abord culpabilisée j’ai compris que j’avais moi-même eu dans nos ébats des désirs frustrés. Il m’a fallu du temps pour m’en rendre compte et cela n’a pas et sans peine à admettre. Cela veux dire remettre en question mon bien être auprès de Gaël. Après tout puisque je ne suis pas épanouie près de lui et réciproquement, est-ce que nous nous aimons vraiment ? Est ce que cette joie de vivre durant six ans n’a vraiment été qu’une illusion ? Je n’ai pas accepté tout de suite l’idée de concrétiser ces désirs manqués et ainsi répondre à ma frustration

 

Durant ce laps de temps plus rien n’a eu lieu entre nous. C’est a ce moment la que notre tendresse a complètement disparue. Je n’arrivais plus àêtre douce avec lui après qu’il m’ait trompée. De plus je n’arrivais plus à fantasmer mes ébats que dans les bras d’autres personnes.

 
A force cette idée de le tromper m’a excitée, de plus en plus.
 

                En effet, lorsque j’avais découvert la liaison de Gaël, je m’étais rendue sur différents forum de discussions sur Internet, sur lesquels j’avais pu parler avec d’autres femmes et hommes trompés, qui avaient choisis de garder leur couple, de se venger, ou même de partir. C’est au fur et à mesure de ces dialogues que la décision de le tromper s’est confirmée. Un besoin grandissant de découvrir cet interdit, de franchir cette barrière que seule ma conscience et ma fidélité de compagne aimante avaient posée là. Je ne le souhaitais pas par vengeance contre Gaël encore moins pour lui faire mal mais par une curiosité devenue maladive de cette aventure. C’est alors que je me suis mise en quête de cette découverte. Au début je ne savais pas trop où chercher. Aussi, je me suis tout d’abord dirigée vers différents forums de discussion et de rencontres d’amitié, d’amour, voire intimes. Mais manifestement l’hypocrisie était de mise et hormis dialoguer virtuellement de leur fantasmes, rien n’intéressait vraiment mes interlocuteurs. Autant je trouve osé d’aller voir ailleurs autant je trouve glauque de fantasmer devant un écran. Rapidement, de part mon âge, j’étais harcelée par une horde de vieux en mal de chair fraiche et d’obscénités, et à chaque fois une demi-heure se perdait à les éloigner avant de pouvoir entamer des discussions plus posées, agréables et sérieuses.  

 

De plus il ne me fût pas aisé de trouver les lieux virtuels ou je pouvais évoquer sans tabou les désirs frustrés que mon esprit contenait. Finalement, ce fut sur un chat anodin de discussion sur la musique classique que je fini par passer mes nuits, profitant du sommeil de Gaël. Les discussions bien éloignées de mes attentes premières me surprirent au début puis je m’y plu et y participais avec plaisir. En effet, passionnée de musique, classique ou non, je faisais grandir ma culture à défaut d’y combler ma frustration. Très rapidement j’ai fait une part de plus en plus grande à mes discussions en ce-lieux un peu hors de tout contexte. J’y ai consacré chaque jour une partie de mon temps disponible plus grande que la veille, jusqu'à prendre une part considérable de ce temps anciennement « réservé » à Gaël et à moi. Une fois cette habitude installée j’en oubliais presque mon désir de vengeance, et mon désir tout court… Une nuit, alors que je commençais à songer à aller me coucher, un homme, se disant pianiste émît un avis contraire au mien concernant une œuvre de Beethoven. Non pas que je sois spécialiste en la matière, loin de la mais le débat engagé fut vigoureux, et devint après quelques minutes presque virulent. Interrompue en plein développement par mon sommeil de plus en plus lourd, la discussion fut reprise dès que possible c'est-à-dire le lendemain en milieux de soirée. Nous continuâmes alors à nous chicaner sur le sujet, alors que petit à petit la discussion prenait une orientation plus personnelle. Nous avons commencé à parler de nous pour finalement revenir à notre différent en expliquant par nos expériences, et donc en nous dévoilant l’un l’autre au moins en partie, que notre point de vue était le plus justifié et le plus cohérent.

 

Ce fut au bout de quelques jours, où je retrouvais toutes les nuits à la même heure le même interlocuteur (assez mystérieux je dois l’avouer), que nous avons tous deux commence à apprécier ce moment, et à l’attendre soir après soir (en tous cas pour moi). Nos discussions devenaient moins formelles, plus familières, presque tendres et attentionnées, cependant nous utilisions toujours la musiques et nos débats pour nous dévoiler. Jamais nous ne l’avons fait directement. Nous avons mis plus de deux semaines à se parler avec nos prénoms respectifs, tout au moins nous avions ouvertement dit que les prénoms utilisés jusque la n’étaient que des pseudonymes. Indéniablement cette personne sortait du lot de mes discussions quotidiennes.

 

Je n’ai pas vraiment compris pourquoi mais dès les prémices de cette « net-relation » ses discussions avaient priorité sur toutes les autres et finirent par prendre également le pas sur mes activités ménagères. Je ressentis jour après jour un réel attachement à ce moment qui constituais ma principale détente. C’est un attachement bien étrange en réalité. On ne tient pas vraiment à la personne mais plus à son discours, au fait qu’elle dise ce qu’on a envie ou besoin d’entendre, au fait de savoir qu’il y a là, derrière son écran quelqu’un qui écoute. Nous avons parlé de musique, de théâtre, de nos métiers respectif, bref de nos vies ; en prenant toujours soin toutefois d’écarter le sujet de la vie privée et/ou familiale. D’après son âge je pouvais l’imaginer cadre supérieur, père de famille faisant du golf avec ses collègues ou amis un ou deux week-end par mois. Ou encore tout jeune retraité profitant de la vie parisienne et de ses loisirs.

 

Au fur et à mesure que nos habitudes se sont installées l’un envers l’autre ce rendez-vous est devenu immanquable, en tout cas pour ce qui me concerne. C’était devenu comme d’écouter mon répondeur ou de me déchausser. Ces heures réservées pour lui s’étaient installe dans ma vie de ma propre volonté. Nos discussions, devenues à sens unique principalement, ne me dérangeaient pas. Je me savais me dévoiler mais sans que ce soit malsain. Quand je ne voulais pas répondre à une question trop directe je ne le faisais pas. Et bien que je ne lui pose pratiquement pas de questions pour apprendre à le connaître j’ai découvert des facettes de lui glissées deci-delà dans son discours, même s’il tenait la direction du débat.

 

Quelques semaines se passèrent sans que nos rapports n’évoluent vraiment. Nous nous rabattions indéfectiblement sur la musique dès que les sujets abordés étaient trop personnels.

 

Un Mardi, il m’a demandé mon lieu exact d’habitation, en m’avouant que le temps passant il estimait qu’il était peu être temps pour nous de nous rencontrer, pour boire un verre. Je mis un certain temps (autant de semaines que celles qui s’étaient déjà écoulées à vrai dire) avant de comprendre et d’assimiler ce que représentait le fait de le rencontrer.  Je ne lui répondis toujours pas.

 

Nous n’avions, malgré nos révélations respectives, jamais abordé le sujet de nos désirs, et vies intimes et pourtant nous l’étions déjà. Chacune de nos discussions musicales comportait une part de  confession personnelle ou une révélation d’une part de nous.

 
 
 
 
 

Cette proposition de rencontre me tortura l’esprit durant une période assez floue qui me parût s’éterniser. Je me questionnai alors sur mes attentes et les réponses possiblement apportées par cette relation sortie du cadre virtuel. Es ce que j’allais attendre nos discussions avec le même plaisir ? La même envie ?  De plus je ne ressentais plus cette curiosité maladive qui m’avait poussée vers Patrice. Aujourd’hui ce qui me retenait c’était notre relation, installée dans nos habitudes, nos envies, notre bien être. Je pris conscience que j’avais oublié ces fantasmes qui me hantaient souvent dans les premiers temps de mes recherches extraconjugales. J’avais presque oublie le but premier de mes discussions avec Patrice. Seule, par quelques rares moments une frustration -bien plus physique de ne plus avoir de relation sexuelle avec l’homme qui partageais ma vie que motivée par un réel désir- s’immisçait en moi le temps que je reprenne le cours de mes discussions et de ma vie numérique.

 

                Je sentais le fossé entre mes deux relations parallèles se creuser de plus en plus. L’indifférence la plus totale était ancrée entre Gaël et moi alors que mon plaisir de parler a Patrice grandissait au fur et a mesure des heures de discussions. Ma vie prenait de plus en plus de sens au travers de cet écran parcouru de lignes de textes échangés. Tant et si bien que je finis par faire pencher la balance en faveur d’un rencontre, autour d’un verre, avec Patrice. Mais voila des semaines qu’il m’a posé la question et mon silence en retour a été assez froid pour que le sujet ne soit plus abordé. J’hésitais, probablement un peu inquiète de recevoir un silence égal en retour. Il me fallu quelques jours pour me décider mais je finis par lui dire simplement :

 

« - Je finis le travail tôt la semaine prochaine, en plus je serai exceptionnellement en déplacement, a l’angle des Rues Cézanne et Pouchkine. »

 

Comme je le craignais, je ne reçus aucune réponse. Apres quelques temps je me suis demande si le fait que la demande, la décision vienne de moi n’était pas un problème… Il ne répondit jamais à ma question oralement.

 

Quelques jours âpres ce pas en avant de ma part, ses questions sur ma vie privées se glissaient de plus en plus dans la conversation, mais jamais de manière brutale ou trop franche. Il me fallut plusieurs discussions successives et quelques relectures pour comprendre que mes réponses que je pensais purement hors de ma vie privée lui en apprenaient en fait beaucoup plus sur moi que toute question directe n’aurait pu le faire.

 
 
 
 
 
 
par Courteline de Tuscarora publié dans : roman communauté : L'écriture dans tous ses états
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